21/11/2003

Le retour médiatique de Madelin

 Cet interview d'Alain Madelin au Figaro semble annoncer le retour médiatique du leader libéral, on remarque les nombreuses publicités faites à cet homme dans les colonnes du Figaro, un maillon du politiquement correct est-il en train de sauter ? L'accès à ce débat très fermé sur la mondialisation accordé à Alain Madelin par les généreux medias marxisants de France semble relancer la donne en matière de bataille d'idées bien que l'ex leader de DL n'ait jamais été absent de ce débat, seulement il est triste d'observer que ce n'était que par le biais de son site www.cerclesliberaux.com.
Aujourd'hui, de plus en plus de tribunes lui sont offertes, Madelin sera t-il le Bastiat du IIIème millénaire, le porteur de l'étendard des libertés qui nous manquent au débat en France ? Seul l'avenir nous le dire mais semble t-il celui-ci est de plus en plus propice à l'expression des idées libérales.
 
Voici l'interview du Figaro :

Alain MADELIN, Le Figaro, 15 novembre 2003

LE FIGARO. - Quinze jours à peine après un colloque sur la mondialisation organisé par l'UMP, pourquoi organiser une nouvelle rencontre sur le même thème ?

Alain MADELIN. - Le moment est venu de remettre les idées à l'endroit. Le courant antimondialisation est essentiellement le recyclage des orphelins du marxisme à la recherche de nouvelles causes. C'est l'habit neuf d'une nouvelle réaction contre la démocratie libérale, l'économie de marché et les libertés individuelles. Leurs seules propositions : davantage de dirigisme, de réglementation, d'entraves. La mondialisation, à mes yeux, c'est avant tout la mondialisation des droits de l'homme, de la démocratie, des cultures, des connaissances et du savoir. C'est aussi le meilleur moyen de faire reculer la pauvreté, la faim et la misère. Après la révolution agricole et la révolution industrielle, nous vivons aujourd'hui une troisième et immense mutation. Je voudrais faire comprendre que nous avons tous à gagner au libre-échange, que le progrès technique n'est pas le problème, mais la solution à nos difficultés, et que ce mouvement est avant tout la chance des pays pauvres.

Même à droite, beaucoup insistent pourtant sur la nécessité de maîtriser ou d'« humaniser » la mondialisation. Il est vrai que, face à ce mouvement antimondialisation, la droite, par ignorance, par complaisance ou par calcul, n'apporte pas les bonnes réponses. Or, ce débat est fondamental car il constitue la nouvelle ligne de partage de la vie intellectuelle et politique. C'est pourquoi j'organise aujourd'hui ce colloque. Je le fais avec l'UMP et je me réjouis de la présence d'Alain Juppé.

Comprenez-vous les peurs exprimées par les opinions publiques et le succès de manifestations comme le Forum social européen ?

Je comprends la générosité de ceux qui trouvent dans les situations d'injustice des raisons de s'engager. Naguère, ces élans étaient souvent récupérés par des mouvements marxistes. Aujourd'hui, ce sont de nouvelles organisations extrémistes qui exploitent, nourrissent, voire fabriquent les peurs. Je constate au passage qu'elles se parent souvent de la tenue camouflée et attrayante de la société civile pour mieux masquer qu'elles ne sont que des groupuscules politiques en manque d'électeurs.

Face à cette tentative de récupération, nous voyons une classe politique, de gauche comme de droite, dont le fonds de commerce interventionniste se réduit. Comme il n'y a plus d'argent dans les caisses, elle ne peut plus justifier son existence par la dépense publique et l'Etat providence. Elle cherche donc aujourd'hui une nouvelle légitimité en faisant le commerce électoral de la sécurité. Peurs alimentaires, peurs sanitaires, peurs climatiques, réelles ou supposées : rassurez-vous, le bon gouvernement est là pour prévenir les risques par la loi ou le règlement.

Ainsi, nous constatons une étrange connivence entre les fabricants de peurs et les marchands de sécurité.

Les peurs de la mondialisation s'expliquent aussi par la mauvaise situation économique. Faites-vous confiance au gouvernement Raffarin pour la redresser ?

Il est évident que la crainte des délocalisations est d'autant plus forte que la machine à créer des emplois est en panne. Le gouvernement s'est engagé sur la voie des réformes pour créer les conditions du retour de la croissance et je souhaite sa réussite.

Ça n'est pas un mystère que j'aurais préféré que l'on profite des 200 premiers jours suivant l'élection présidentielle pour engager les grandes réformes nécessaires. Ce ne fut pas le cas, mais il est vrai que les électeurs ne m'avaient pas suivi...

Aujourd'hui, pour profiter du retour de la croissance mondiale, la France doit aller plus loin et plus rapidement sur le chemin des réformes.

La baisse de l'impôt sur le revenu et l'amorce de la réduction du nombre de fonctionnaires ne vont-ils pas dans ce sens ?

Aller plus loin, pour moi, c'est insérer la baisse du barème de l'impôt dans une réforme globale de la fiscalité et faire de la diminution du nombre de fonctionnaires non pas le début mais le résultat d'une vraie réforme de l'Etat.

Que préconisez-vous pour réformer l'assurance-maladie ?

Je suis tout à fait opposé à l'idée de réduire le champ couvert par la Sécurité sociale et d'augmenter celui des assurances complémentaires. C'est une solution de facilité, hélas, présentée comme libérale. Je propose plutôt une délégation de la gestion de certains services publics de santé à des caisses régionales, des mutuelles ou des assurances qui, devenant responsables des soins au premier euro, contribueraient à une meilleure santé au meilleur coût.

Approuvez-vous les hausses des prix du tabac ?

Même si je ne la partage pas, je peux comprendre l'idée de taxer fortement le tabac afin d'en décourager la consommation. Il s'agit là d'un objectif de santé publique. Si l'enjeu est de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, tout ministre des Finances devrait comprendre que le tabac est la meilleure illustration de l'adage : « Trop d'impôt tue l'impôt. »

Faut-il imposer par la loi un service garanti dans les transports, comme le souhaitent les parlementaires UMP, ou l'obtenir par la concertation avec les syndicats, comme le souhaite Gilles de Robien ?

Je partage totalement la volonté de mes collègues. Là encore, cette loi aurait dû être votée dès l'installation du gouvernement. Aujourd'hui, la réforme est plus difficile à mettre en œuvre et je comprends l'embarras du gouvernement.

Etes-vous favorable à une loi interdisant le port de signes religieux à l'école ?

Je suis contre le port du voile islamique à l'école. Mais il est déjà possible de l'interdire ; on l'a bien vu avec le renvoi des deux jeunes filles d'Aubervilliers. Faire une nouvelle loi serait une erreur profonde car la répression des uns entraînerait aussitôt la solidarité des autres. Puisque l'on se montre si soucieux de laïcité, souvenons-nous que, dans sa célèbre lettre rappelant le devoir de neutralité, Jules Ferry s'adressait aux instituteurs... et pas aux élèves.

Jean-Pierre Raffarin est aujourd'hui bas dans les sondages. A-t-il encore la capacité politique de conduire des réformes ?

Il en a la volonté, et c'est déjà beaucoup. Un échec du premier ministre serait un échec du président de la République et du quinquennat ; personne ne peut le souhaiter. Après les élections régionales, nous entamerons la deuxième mi-temps du quinquennat. Ce sera l'occasion de donner un nouvel élan à l'action. A Jean-Pierre Raffarin de savoir définir des objectifs clairs et de trouver une méthode d'action renouvelée.

L'UMP fête son premier anniversaire. Quand vous voyez l'impact médiatique de l'UDF de François Bayrou, ne regrettez-vous pas d'avoir fondu Démocratie libérale dans l'UMP ?

La droite est plurielle. Il y a des souverainistes, des libéraux, des conservateurs, des républicains-sociaux, des démocrates-chrétiens... Ce serait une erreur de fondre cette diversité dans les chœurs de l'Armée rouge. Trouvons une harmonie permettant à chacun, y compris François Bayrou, de jouer sa partition.

Durant un an, toute l'attention s'est portée sur l'action du gouvernement, c'est normal. Aujourd'hui, le moment est venu d'organiser le débat d'idées à l'UMP. C'est ce à quoi je veux contribuer.

20:49 Écrit par La Fronde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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